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Article de Jacques Sapir du 10 Avril 2015

Monsieur Manuel Valls était ce vendredi 10 avril au Portugal et il y a tenu des propos scandaleux. Il s’y est exprimé sur la situation d’un pays tiers. On pourrait ici remarquer que c’est montrer bien peu de respect pour la souveraineté de ce dit pays tiers, la Grèce pour ne pas la nommer. Mais, ce qui retient l’attention c’est le sens, explicite comme implicite des propos. Et cela réveille de vieux souvenirs… Alors pourrait on reprendre, en s’inspirant de l’usage qu’en fit le regretté Pierre Dac.

Monsieur Manuel Valls ment

Notre Premier-ministre s’est donc rendu au Portugal, d’où il a exhorté le gouvernement grec à faire le contraire de ce pourquoi il a été élu. Certes, il ne l’a pas présenté ainsi. Il s’est contenté de demander à la Grèce, dans l’interview qu’il a donnée au Diario Economico une liste de réformes plus profondes. On sait ce dont il est question. Il s’agit d’imposer au gouvernement en place depuis les élections du 25 janvier des «réformes» du marché du travail et de nouvelles réductions des montants des retraites, toutes choses auxquelles ce gouvernement est clairement opposé, ayant dit, et redit, que les conséquences humanitaires en seraient insupportables. Par ailleurs, si le « marché du travail » en Grèce a certes besoin d’une profonde réforme, ce que Syriza reconnaît d’ailleurs, c’est non pas de la réforme imposée par l’Eurogroupe mais bien plus d’une réforme introduisant des institutions dans la jungle qui prévaut aujourd’hui. Comme le dit un collègue, Bruno Amable:
«Pour le marché du travail, il est prévu de développer des négociations centralisées, à rebours de la déréglementation passée, ainsi que l’établissement d’un code du travail. L’augmentation du salaire minimum est maintenue dans son principe, soumise aux exigences de compétitivité. Une partie des réformes concerne l’extension de la protection sociale, notamment la couverture maladie, ce qui est indispensable dans un pays où l’austérité a accru la misère et la précarité.
En fait, les réformes imposées par l’Eurogroupe se sont avérées contre-productives. Censées rapporter plus de 20 milliards d’euros dans les caisses de l’État, elles n’en n’ont réellement rapporté que 2,6 milliards, et elles ont provoqué une contraction de la production économique qui a rendu la Grèce encore plus insolvable qu’elle n’était avant ces réformes.
On comprend que le gouvernement grec s’oppose à ces réformes, et présente une liste de mesures très différentes, centrée sur des mesures de luttes contre la fraude fiscale et contre la corruption. Ces mesures ont été chiffrées, et elles promettent de rapporter l’argent nécessaire pour que le gouvernement grec mette aussi en œuvre des politiques de relance, tant de l’investissement que de la consommation, qui s’avèrent aujourd’hui absolument nécessaires.

Monsieur Manuel Valls ment (bis)

Ces mesures sont en réalité rejetées par le Premier ministre français. En fait, il craint bien entendu qu’un succès de la politique de Syriza ne soit compris en France (et ailleurs) comme un succès de la politique anti-austérité. On peut comprendre son souci; au moment où il cherche à mettre en place des mesures d’austérité en France, cela montrerait qu’il y a bien un autre chemin possible. Quand il prétend parler de la Grèce, en réalité Manuel Valls ne parle que de la France, ou plus exactement de la vision austéritaire, comptable et répressive qu’il a de la France. Manuel Valls prétend parler de l’économie, mais en fait il ne parle que de politique. Et c’est là que se situe un second mensonge. Il n’a jamais cherché à explorer d’autres voies et il est terrifié que la Grèce montre que ces voies existent et sont en réalité bien plus praticables que celles qu’il a choisies. Il est terrifié car il s’accroche à la fiction d’être un homme de « gauche » et il sent bien que la réussite de Syriza les dépouillerait, lui et le Président de la République, des derniers oripeaux d’une «gauche» agonisante.

Monsieur Manuel Valls est Allemand

Si l’on se fait une certaine idée de la France, alors il faut aussi reconnaître que la France est une idée, que l’on peut être français parce que l’on se reconnaît dans des principes, dans des combats, qui ont été, et qui sont encore menés, par les Français. C’est le sens de la chanson «Ma France» que chantait Jean Ferrat.

C’est en cela que notre droit de la nationalité s’avère supérieur au «droit du sang». Et là, il faut reconnaître que Manuel Valls, mais avec lui Emmanuel Macron et François Hollande, ne sont pas, ne sont plus, français tout comme ne l’étaient plus les sinistres personnages de Vichy. Car le problème n’est jamais l’origine. On se souvient que les premières troupes de la 2ème DB à entrer dans Paris, celles du Capitaine Dronne, étaient des Républicains espagnols… Le problème est pour qui, et pour quoi l’on se bat. Et là, Manuel Valls a clairement choisi le camp de Bruxelles, mais