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L'édito : "Podium"

L'éditorial de Maurice Ulrich. "La France est le troisième pays du monde pour le versement de dividendes, après les États-Unis et le Royaume-Uni. Oui, le troisième ; médaille de bronze sur le podium du capital."

Entre veaux, vaches, cochons 
et couvées, Jean-Marc Ayrault 
en a appelé au soutien de « tout 
le monde », pour la réussite du pacte 
de responsabilité et, a-t-il dit, « le grand rendez-vous ce sera au moment où le Parlement se prononcera pour la réussite de ce pacte ». Pour ce qui est de tout le monde, l’un des principaux intéressés, et même très intéressé, à savoir le patronat, a tout de même quelque mal à répondre à l’appel. Entre volte-face 
et propos évasifs, Pierre Gattaz est en tout cas sûr d’une chose, comme tous ses amis du Medef. Pas question de s’engager sur des contreparties qui viendraient paralyser l’esprit d’entreprise, menacer la liberté d’embaucher 
et de débaucher. En somme et au cas où le Parlement voterait comme le veut Jean-Marc Ayrault, le soutien de tout le monde serait imposé à tout le monde sauf au patronat. Car, il faut peut-être le rappeler, les trente milliards d’allégements de cotisations sociales qui seraient consentis aux entreprises et viendraient s’ajouter aux vingt milliards du Cice ne tomberaient pas du ciel. 
Ils auraient comme contreparties, et celles-là seraient bien réelles, cinquante milliards d’économies d’euros dans 
les dépenses publiques de l’État et des collectivités locales. Soit donc un transfert massif d’argent public 
et au service du public vers les entreprises, de l’argent 
de la nation vers le secteur privé.

Pour la seule année 2013, 50 milliards ont été versés en dividendes par les entreprises françaises aux actionnaires


Selon une étude d’un cabinet spécialisé citée hier dans les Échos et qui vaudrait presque à elle seule un cours 
sur le coût, non du travail mais du capital. Car au-delà 
de la France, depuis 2009 et pratiquement depuis 
la crise des subprimes, 
les dividendes versés dans le monde ont augmenté de 43 %, dépassant les mille milliards de dollars. 
Si les entreprises d’Amérique du Nord sont en tête sans surprise, l’Europe, bien qu’elle ait affiché la plus faible croissance, arrive en seconde position, ce qui signifie clairement que ces dividendes n’ont pas été autre chose qu’une véritable prédation sur les économies 
de la zone euro. Et la France donc ? Eh bien elle est le troisième pays du monde pour le versement de dividendes, après les États-Unis et le Royaume-Uni. Oui, le troisième ; médaille de bronze sur le podium du capital.

Et c’est en France qu’on entend la plainte continue des entreprises, de l’UMP, et désormais 
du président de la République, du premier ministre 
et du gouvernement sur le coût du travail, l’exil 
des riches persécutés par l’impôt, la frilosité des investisseurs paralysés par des réglementations tatillonnes 
et bureaucratiques.

Et chacun de frémir dès lors que 
l’on évoque la taxation de ces mêmes dividendes, 
celle des produits financiers, en bref tous ces fantômes 
de la défunte lutte des classes. Comment, pourtant, 
ne pas faire le lien entre ces cinquante milliards-là 
et les quelque soixante ou quatre-vingts milliards que l’évasion fiscale nous coûte chaque année. Oui, nous coûte, car cet argent du capital, il est bel et bien prélevé sur le corps de la nation. Dans la perspective du grand rendez-vous qu’attend Jean-Marc Ayrault, 
il serait temps de faire les comptes, publiquement, 
avec « tout le monde ».