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Une politique faites par des riches, pour les riches

Cette appréciation est partagée largement, même par la presse plutôt complaisante avec Macron, suite à la présentation, le 27 septembre, des projets de budgets, tant les chiffres parlent d’eux-mêmes.

L'ISF: un électrochoc dans l'opinion

Contestée par la majorité des Français·es, la mesure visant à réduire le périmètre de l'ISF – privant l’État de plus de 3,2 milliards d'euros – fait l’effet d’un électrochoc dans l'opinion. Quelles que soient les catégories mobilisées, c'est à chaque fois ce cadeau fait aux grandes fortunes qui est comparé avec la baisse des APL, du financement du logement social, des dotations aux collectivités locales, la suppression des contrats aidés, la hausse de la CSG. Il y a de la colère, car
l’idée grandit que la suppression de l’ISF, c’est nous qui allons la payer!

Pour tenter de maquiller le caractère inégalitaire de ce budget, des députés d’En marche! vont déposer un amendement pour taxer les signes ostentatoires de richesse: voitures de luxe, yachts, mais la recette de cette taxe avoisinerait seulement les 50 millions d’euros, à comparer à la perte
de 3, 2 milliards. C’est de l’enfumage!


L’objectif des budgets 2018

L'objectif est de réduire de 60 milliards d'euros la dépense publique en 5 ans. La sphère sociale contribuera à hauteur de 25 milliards, dont 15 milliards sur l'assurance maladie et 10 milliards sur l'assurance chômage. La participation du budget de l’État s'élèvera à 22 milliards et celle des collectivités territoriales à 13 milliards. C’est la transformation de l'ensemble de la structure des prélèvements fiscaux et sociaux qui est à l’œuvre. Enfin, le projet de budget 2018 table sur un taux
de croissance de 1,7% que les aléas de conjoncture et la persistance d'un chômage de masse pourraient rendre plus qu'incertain, malgré les estimations de prévisionnistes.
Pour 2018, les économies à réaliser seront de 15 milliards d'euros.

Une importante baisse de la fiscalité sur l’investissement privé est programmée, aux fins officielles de favoriser l’emploi.

Comme ses prédécesseurs mais en grossissant le trait et en accélérant l'allure, ce budget repose sur la conviction que les cadeaux aux investisseurs feront la croissance de demain et les emplois d'après-demain. L'expérience nous montre qu'il y a loin de la coupe aux lèvres !

Même le FMI et l’OCDE ont fait la démonstration que les cadeaux fiscaux et sociaux aux plus riches ne favorisent pas la croissance mais, qu'au contraire, c’est par des politiques réduisant les inégalités que la croissance peut être soutenue.

Les couches populaires vont ainsi subir une hausse de leurs prélèvements fiscaux de 1,2 milliard d'euros au titre de l'augmentation des taxes indirectes sur la consommation. S'ajoutent la hausse de la CSG et la baisse de l'APL. Elles subiront le rationnement supplémentaire des services publics
et de l'assurance maladie, conséquence de la réduction de la dépense publique, dont 3 milliards pour les collectivités territoriales, 7 milliards pour le budget de l’État et 5 milliards pour celui de la protection sociale.

La campagne menée par OXFAM, s’appuyant sur une étude de l’OFCE sur l’impact de la politique fiscale du gouvernement, met en exergue deux chiffres: les 10 % de ménages aux revenus les plus élevés vont gagner 1487 euros par an, contre un gain de 81 euros pour les 10% des ménages les
plus pauvres. Si l'on tient compte des annonces sur les baisses des prestations sociales, cette catégorie de la population perdrait 337 euros

Par contre, pour les détenteurs de capitaux et les entreprises, c'est Byzance!

Les premiers bénéficieront d'une aubaine fiscale de 5,5 milliards d'euros. Cette manne provient, d’une part, de
la baisse, voire de la suppression de l'ISF pour ne conserver qu’un impôt sur la fortune
immobilière. De l’autre, elle vient du prélèvement fiscal unique qui soumet à un taux unique de 30% l’ensemble des revenus du capital des ménages. Les entreprises, elles, verront leur contribution fiscale baisser de 5,9 milliards d'euros (réduction de l'impôt sur les sociétés, montée en charge du CICE...).

Pourtant, ces derniers jours, le comité de suivi du CICE a rendu un rapport plus que mitigé sur ses effets sur l’emploi: de l’ordre de 100 000 emplois sauvegardés ou créés: on est loin de l’objectif de 210 000 emplois mis en avant par le gouvernement et encore plus loin du million d’emplois brandit par le Medef. D’ici 2018, la facture de ce dispositif avoisinerait les 100 milliards d’euros!
Une facture salée pour une inefficacité sociale et économique avérée.

Alors qu’on apprend que 300 milliards d’euros sont détenus dans des paradis fiscaux par des ménages français, rien n’est annoncé pour lutter contre l’évasion fiscale. Au contraire, c’est la fin de la mission de la cellule fiscale et la suppression de plus de 16 000 postes au ministère des
Finances.

Une entreprise de casse de notre modèle social

L'entreprise de casse de notre modèle social trouve sa quintessence dans la transformation en profondeur de la structure des prélèvements fiscaux et sociaux, avec pour cibles prioritaires la protection sociale et les collectivités territoriales. Ainsi, la suppression de la taxe d'habitation – en plus d'être un marché de dupes – traduit la volonté de mise sous tutelle par l’État des collectivités territoriales qui seront soumises, comme l'ensemble des administrations publiques, aux nouvelles
règles de gouvernance.

Le basculement de points de cotisations sociales vers l'impôt (CSG) participe de la même logique. En accélérant la déresponsabilisation sociale des entreprises, il s'agit de faire disparaître, à terme,le financement de la protection sociale par des cotisations prélevées sur la richesse créée pour assurer par l'impôt un socle minimum de garanties et transférer le reste à des assurances privées.
Dans ce projet de budget, ce sont aussi des baisses annoncées dans les budgets du logement, de l’emploi, avec la suppression de 120 000 contrats aidés, mais aussi des coupes dans les budgets de l’enseignement supérieur, des hôpitaux, du sport, du droits des femmes, des transports,... Est
également annoncé un plan de 120 000 suppressions de postes de fonctionnaires, dont 70 000 dans les collectivités locales, ce qui va déstructurer les services publics locaux et nationaux.

L’exemple de la politique annoncée dans la stratégie logement du gouvernement est significatif de la volonté de dynamitage du modèle français du logement social:

 suppression brutale de 130 millions d’aides à la pierre cet été;
 baisse de l’APL de 5 euros, depuis le 1er
octobre, pour 6, 5 millions de foyers;
mise en place d’un bail dit de «mobilité» d'un à dix mois, qui plongera dans l’insécurité les personnes précaires, et remise en cause du bail tous les 6 ans pour l'ensemble des
locataires.

La baisse des APL, qui devra être compensée par la baisse des loyers en secteur social, va priver les bailleurs sociaux de ressources pour la construction et l’entretien des logements, voire va mettre dans le rouge certains organismes, laissant le terrain libre aux regroupements et aux prédateurs privés, nous éloignant encore plus du droit au logement pour tous.

Quant à la politique industrielle, Macron poursuit la politique qu'il avait mise en place alors qu'il était ministre de l’Économie. Il ne s'agit pas d'opérations au coup par coup, mais bien d'une stratégie catastrophique qui, dans des secteurs clefs, sous couvert de créer de soi-disant Airbus de l'énergie, du rail..., font passer des fleurons industriels sous pavillon étranger. Les exemples récents sont révélateurs: les chantiers navals STX passent sous contrôle italien, Siemens prend, dans les faits, celui d'Alstom. Pourtant, si Bruno Le Maire avait choisi de mettre en œuvre l'option d'achat de l’État sur le capital détenu par Bouygues dans son capital, l’État serait devenu le
premier actionnaire d'Alstom avant son absorption par Siemens. Cela aurait aussi pu changer la donne, lors de l'absorption de sa branche énergie à General Electric qui avait pris l’engagement de créer mille emplois d’ici à 2018. C'est l'inverse qui s'est produit. Une autre stratégie industrielle de l’État aurait pu permettre de réexaminer les décisions et de peser vraiment sur les choix stratégiques ultérieurs d'un éventuel nouvel ensemble. Nos députés, par la voix de Fabien Roussel, et nos sénateurs, par celle de Pierre Laurent, ont interpellé le Premier ministre sur ce
point. Une commission d’enquête a été demandée. La réponse du gouvernement, avant-hier, est révélatrice de sa logique: se plier aux diktats des grands groupes, ici Siemens. Plutôt que de se désengager, la puissance publique doit reprendre la main sur les industries stratégiques pour notre pays, y compris par des nationalisations partielles ou totales, pour
imposer des choix politiques guidés par l'intérêt industriel de la France, avec le concours des salarié·e·s et des citoyen·ne·s représenté·e·s par leurs élu·e·s. Dans cette même période, au nom de lutte contre le terrorisme, c’est l’état d’urgence qui bascule dans le droit commun, malgré les alertes de l’ONU et l’opposition à ce projet liberticide des associations, des syndicats et des élu·e·s de gauche, dont les parlementaires communistes.

Les projets de réformes institutionnelles qu'Emmanuel Macron veut engager (Parlement, réforme de l’État, des collectivités locales) indiquent une conception autoritaire et centralisatrice du pouvoir. En effet, ce président se veut celui des «transformations profondes de notre société»
comme il se plaît à le dire dans un long entretien donné dans un hebdomadaire il y a quelques semaines, transformations qui aujourd'hui font plutôt penser aux politiques menées par Reagan, Thatcher, avec un régime à la fois très libéral et autoritaire.

D’autres réformes s’engagent dans la même logique, avec une volonté d’aller vite.

Celle de l’enseignement supérieur où le contrat de réussite étudiante va être dévoilé après plusieurs séances de rencontres avec les organisations syndicales du personnel et des étudiant·e·s et qui peut remettre en question notre modèle d’accès à l’université.

Celle des retraites, avec une loi-cadre courant 2018, avec le projet de la fin des régimes spéciaux et la mise à mal du régime par répartition.

Celles des futures réformes de l’apprentissage, de la formation professionnelle et de l’assurance chômage, avec la présentation d’une loi au printemps 2018. Le Président a reçu les syndicats patronaux et de salarié·e·s pour lancer la consultation sur ce qu’il appelle le volet protecteur de son projet pour les salarié·e·s, les
jeunes.

Déjà des pistes sont évoquées. Sur l’assurance chômage, avec l’élargissement de l’indemnisation aux indépendants et aux démissionnaires, le risque est grand de voir les montants et durées des indemnités réduits. Se profile aussi la fin de la gestion paritaire qui est avancée avec une forme d’étatisation. C'est le sujet qui suscite le plus d'inquiétude.

Concernant l’apprentissage, le gouvernement affiche sa volonté d’orienter plus de jeunes vers ce type de formation et de donner plus de pouvoir aux entreprises pour définir la carte des formations, en lien avec les régions, avec le risque d’affaiblir les lycées professionnels.

Le gouvernement veut tenir son agenda, mais il rencontre des difficultés.