Logo et/ou image de titre d'accueil du site

Pour des « décroissances socialement sélectives » Jour du dépassement : les enjeux du dépassement : les enjeux de ce temps où les ressources s’épuisent.

Article écrit par Nicolas Pluet, militant communiste de la Ciotat et publié dans le journal l’Humanité du jeudi 17 août 2017
L’humanité en 1971 s’engageait dans la logique du dépassement.
Le jour du dépassement correspond au moment où l’humanité a consommé l’ensemble des ressources naturelles renouvelables que la terre peut générer en une année. En 2017, le jour du dépassement tombe le 02 août. Il faudrait donc 1,7 planète pour couvrir les besoins de l’année. Selon la même méthode d’estimation, par l’ONG états-unienne Global Footprint Network, en 2007, c’était le 19 août; en 1997, le 02 octobre ; en 1987, le 25 octobre; en 1977, le 13 novembre; en 1971, le 24 décembre. L’humanité, en 1971, s’engageait dans la logique du dépassement…

Cette course au gouffre pose à toute l’humanité un problème majeur et nous alerte tous. Mais le silence quasi général sur quelques questions essentielles est atterrant. Combien faudrait-il de planètes dans un monde où nous en aurions fini avec les scandales les plus gigantesques ?

. Les 500 millions d’individus les plus riches vivant sur la terre (soit 7% de la population) sont responsables d’environ la moitié des émissions mondiales de CO2, alors que 50% les plus pauvres ne produisent que 7% des émissions. Et on estime que 90% des personnes concernés par les désastres « naturels » liés au réchauffement habitent dans des pays ou régions pauvres…

. 2016 : les huit personnes les plus riches du monde ont plus de la moitié la plus pauvre de l’humanité. Combien de milliers de planètes faudrait-il pour généraliser le niveau insensé de leur gaspillage ?

. 2014 : 80% de la population mondiale se contente de 5,5% des richesses.

. Les échanges mondiaux de marchandises ont été multipliés par 200 depuis 1950, quand le PIB mondial n’était multiplié que par 7. Objectif : mettre en concurrence les peuples, à qui acceptera le salaire le plus bas.

Conséquence : surexploitation, profits, ruine des paysanneries, profits, explosion des transports internationaux, profits, explosion des émissions de CO2, profits.
. 1680 milliards de dollards dans le monde en 2011 pour les armements. Deux fois plus qu’en 2002. Pour quelle utilité sociale ? Avec quels risques ? Avec quel impact sur la planète ?

. La durée de vie des équipements diminue, alors que les techniques sont plus fiables. L’obsolescence programmée multiplie les profits mais pèse sur la planète.

. La débauche mondiale de dépenses publicitaire s’accélère. En 2017, on en est à 500 milliards de dollards. Pour quelle utilité sociale ? Avec quel impact sur la planète ?

. Monsanto et d’autres nous inondent de pesticides. Le coût est triple : celui de leur production (environ 40 milliards de dollards dans les années 2000), celui des victimes humaines et animales, celui des réparations.

La fusion avec le géant Bayer laisse prévoir le pire.
L’hypertrophie de la finance (73,5 fois le PIB mondial en 2007) est l’outil principal de ces pillages et de ces dérives mortelles pour l’humanité et la planète.

Alors décroissance ? Résolument oui ! Mais pour qui ? Et pour quoi ? Faisons décroitre les richesses obscènes et les pillages par les riches. Chez nous aussi. Une petite idée des marges disponibles ? Voici l’exemple de la France en 2010, où un dixième de la population possède 48% du patrimoine. Si toute la population française disposait de la même richesse que la tranche intermédiaire (le 5e décile), la situation de 40% de la population s’améliorerait. Elle s’améliorerait même énormément pour les plus pauvres ; les riches seraient beaucoup moins riches et, globalement, la décroissance serait de 55%... A l’échelle du monde entier, même logique, mais des marges encore plus grandes, car les 10% les plus riches disposent de 86% du patrimoine…

Décroissance pour les industries d’armement ? Oui ! Beaucoup et vite ! Décroissance pour l’hypertrophie de la mondialisation capitaliste et ses dégâts sociaux comme environnementaux. Décroissance du gâchis d’équipements par l’obsolescence programmée : passons à des équipements durables et réparables. Décroissance massive de production des pesticides. Décroissance de la publicité, pour aller vers une simple information. Laisser l’essentiel des réserves de charbon, de pétrole et de gaz dans le sous-sol ? Oui, en commençant par réduire les consommations les plus massives et les plus polluantes : les pollutions dues aux transports maritimes et aériens, ignorées par la COP21. Décroissance massive pour la finance, outil des pillages et des gâchis.

Posons ces questions en fonction de l’intérêt des classes sociales qui vivent de leur travail. Les possibilités d’actions unis deviendront immenses. Mettons en lumière que ces objectifs supposent de dépasser le système capitaliste pour en sortir enfin. C’est un chemin nouveau et indispensable.

Demandons aux organisations qui sont capables d’évaluer le jour du dépassement de se poser les questions en ces termes, pour affiner leurs évaluations. La conclusion serait sans doute que, au prix de ces décroissances socialement sélectives, une planète devrait suffire au bonheur de l’humanité.